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L’avis de Ricochet par Danielle Bertrand
« Quand j’ai un caillou dans mon soulier, je le garde car je me dis que c’est le seul moyen qu’il a trouvé pour voyager » Qui parle dans cet exergue ? Une narratrice externe qui observe l’action ? L’autrice-illustratrice ? Peu importe, cette phrase inaugurale lance le récit en mêlant situation vraisemblable et irréelle.
Dans un terrain vague, Omar, jeune comédien répète son rôle de génie de la lampe et s’entraîne à dire une phrase de remerciement à Aladin : « je t’offre ma gratitude éternelle et un vœu à exaucer » « A ses pieds, des tas de cailloux, …, tous se mirent à rêver ».
Sur la double page suivante, Natali Fortier la constelle de visages-cailloux, côte à côte, tête à tête, on les découvre, palpitants, chevelus, moustachus, rêveurs ou étonnés et l’histoire va nous révéler la personnalité de chacun et le rêve qui l’habite.
Le premier personnage, le crâne poli comme un œuf et qui « crevait l’écran » dans le tas de cailloux, se rêve en coiffeur. Avec ses grosses lunettes, son nœud papillon et ses grands ciseaux, il est joliment décalé. On perçoit l’humour de l’autrice dans ce personnage paradoxal et dans l’affectation des beautés qui patientent au salon. On découvre également le principe d’humanisation des cailloux ; Natali Fortier les personnalise avec des vêtements qui poursuivent les lignes tracées sur les cailloux. Le plus bel exemple est le port élégant et la petite tête expressive du chien de salon qui semble tout droit sorti d’un aristocratique tableau anglais.
Page suivante, nous faisons la connaissance d’Armand, petit poucet rêveur, sous la fourchette menaçante de l’ogre, au long visage inquiétant et que ni son petit chapeau ni son maillot rouge ne rendent sympathique.
Ensuite, c’est Albertine qui entre en danse et c’est elle qui donne son titre à l’album. Elle est une danseuse effrénée et sa robe multicolore entraîne un danseur, une enfant qui se prêtent au jeu « pas d’importance pourvu que l’on danse comme un jour de chance ! » La poésie de cette déclaration née de l’association des mots et des images qu’elle soulève, touche le lecteur qui va se prendre à rêver. Un vœu, et un seul ! Pour quoi faire ? Voler pour certains, devenir repère sur le chemin pour un enfant égaré pour un autre et resurgit le Petit Poucet ; avoir un enfant et « l’aimer, l’aimer, l’aimer… »
Après cette phase de rêves positifs et doux, s’ouvre une autre où les cailloux rêvent plutôt de vengeance ou de revanche contre les humains qui les écrasent, en devenant une hideuse araignée multipattes aux très mignonnes petites chaussures rouges (pour calmer l’angoisse que suscite son visage fermé ?), ou qui ne voient rien… et qui seront expédiés vers la lune. Le dessin de Natali Fortier joue formidablement avec les expressions, les formes et les couleurs.
Loin de ces vilenies, Carmen rêve de mariage. Elle est bien accompagnée par ses amis et ses invités. Natali Fortier invente des personnages qui étonnent et changent de tête comme ils changent de costumes : la belle Carmen se transforme en personnage moustachu, et où est passé l’ami Pierrot ? Le cortège est au cirque et le tableau des spectateurs sagement installés est d’une grande beauté même si l’épilogue est un peu rude… Le petit théâtre de l’autrice-illustratrice prestidigitatrice se ferme. Un tas de cailloux est un tas de cailloux. Est-ce sûr ? Un album pour considérer le réel d’un autre œil et une formidable affirmation que la liberté de création est dans le jeu des codes respectés, transgressés, bousculés. Qui sait, peut-être que nous ne regarderons plus les cailloux de la même façon ?
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Il s’agit ici d’une promenade onirique qui traverse un univers nocturne et réveille le petit peuple de la littérature de contes : la lune, le dévoreur, le loup, les sœurs égarées, l’ours etc… Les uns et les autres sont invités à s’extraire des images pour se joindre à la ronde selon le principe de la comptine « en chemin j’ai rencontré ».
La « forêt noire » lieu de mystère dévorant peut aussi être un dessert gourmand, à l’image des deux versants des rêves, sombres ou joyeux.
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Ce qu’il aime, Ulysse, c’est écrire et dessiner, seul dans sa maison sur la falaise. Aussi n’est-il pas emballé lorsque son copain Prospère lui propose de l’accompagner en ville, à un ballet de surcroît! Pourtant il ne regrettera pas… ce détour: il en ressort fou amoureux de la danseuse étoile.
Mais cette célébrité est-elle vraiment digne de ses sentiments? Et si une autre femme chamboulait plus encore le cœur d’Ulysse?
Cinq actes et deux histoires composent cet album théâtral: celle d’Ulysse et celle qu’il est en train d’écrire. Et l’une influence l’autre.
On voit la table de travail et le tête-à-tête de l’artiste et de son double, on voit l’ébauche des crayonnés et les personnages qui se rapprochent, se déclarent leur amour avant même qu’Ulysse ne vive le sien.
La langue (délicieuse) de Natali Fortier, ses couleurs (sublimes), ses personnages (fantasques), les ciels, les mers, les oiseaux, tout contribue à créer une énergie joyeuse qui embarque le lecteur, le chahute, l’amuse, l’enchante.
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J’ai commencé par dessiner Hansel et Gretel à Chalette sur Loing, et au retour d’un voyage dans mon pays le Quebec. Ils sont devenus Marcel et Giselle. » A L’AVENTURE »
L’as tu lus mon petit loup? en parle ici
et ici la soupe de l’espace
et Selection « Pépite de Montreuil », 2015
« L’homme montagne » est né un jour de salon du livre, à la Fête de la poésie jeunesse de Tinqueux, à côté de Reims. Invité de la matinée professionnelle, Carl Norac s’est avancé vers la scène pour commencer sa présentation de deux heures, consacrée à son écriture poétique pour la jeunesse. Il marchait lentement, sa grande silhouette est montée sur scène. Installées côte à côte dans le public, l’illustratrice-auteure Natali Fortier et l’éditrice Mathilde Chèvre se sont dit qu’il ressemblait « à un homme montagne ». – Enfant, j’étais déjà vaguement poète parce que je ne dessinais que des vagues, a commencé Carl Norac. Et deux heures durant, il a laissé filer sa pensée de poète en parlant des matières qu’il a peu à peu incarnées au fil de sa vie, de façon éphémère : vague, rocher, sable, arbre, montagne… Des matières auxquelles il donnait corps sous nos yeux. Dans son cahier à dessin, qui toujours l’accompagne, Natali Fortier s’est mise à dessiner un enfant vague, un homme montagne, un homme sable, un homme poème… Mathilde Chèvre, alors en pleine préparation de la nouvelle collection Racines au Port a jauni, s’est mise à décliner des mots issus de ceux prononcés par le poète : rocher, Saghr, désert, Sahara, magie, siHr, ironie, sughriya… etc. À la fin de la matinée, un livre était né. Nous sommes parti.es de cette matière première pour imaginer le recueil que nous vous présentons aujourd’hui, dédié au corps et aux matières, à la sensation des corps en paysages, à l’énergie que génèrent dans l’humain les matières qui l’entourent. Carl Norac a repris scrupuleusement les champs de mots qui lui étaient proposés par son éditrice, et il a joué à les intégrer TOUS, par thème, dans un poème. En parlant de matières, il nous parle de lui et de son cheminement de poète. Il s’adresse directement à l’enfant lecteur, comme une invitation à déambuler avec lui, à devenir poète lui-même. Poursuivant son élan premier, Natali Fortier a rempli des cahiers entiers, à l’intérieur desquels nous avons fait une sélection de dessins, qu’elle a ensuite recomposés. Le livre, peu à peu, s’est affiné et voilà : la boucle de L’homme montagne est bouclée, au bout de cette belle aventure improvisée, nous le publions à présent.
https://www.leportajauni.fr/